Le programme de lutte contre l’amphibien envahissant touchera à sa fin en août prochain. Quel bilan tirer de l’expérience en Thouarsais ? Quelles suites à donner ?
C’est l’histoire d’une grenouille qui voulait surpasser toutes les autres. On pourrait croire aux premières lignes d’une fable de La Fontaine mais il n’en est rien : le xénope lisse (Xenopus laevis), un amphibien originaire du sud de l’Afrique, semble se plaire dans les eaux du Thouet et de l’Argenton ainsi que des mares voisines, au point de porter préjudice à ses cousins et cousines autochtones. Depuis 2003 au niveau régional, et 2010 au niveau national, l’espèce est considérée comme envahissante.
C’est pourquoi la communauté de communes du Thouarsais a intégré en 2016 un programme européen, baptisé Life Croaa, visant à mieux connaître et mieux gérer les populations de xénopes. Le processus, qui courait sur six ans, arrive à son terme en août. Avec quel bilan ?
« Ces quatre années d’opération de terrain révèlent qu’il n’y a pas de stratégie efficace pour contrôler localement les populations de xénopes lisses. Ceux-ci sont implantés depuis trop longtemps », résume Axel Martin, coordinateur technique pour le programme Life Croaa pour la communauté de communes du Thouarsais.
« Des résultats positifs quand même »
Mais le biologiste ne veut pas se satisfaire de cette conclusion pessimiste. « Il y a des résultats positifs quand même. » Déjà parce qu’on connaît mieux la biologie de l’espèce, notamment grâce au piégéage de 41.311 xénopes entre 2017 et 2020. Mais aussi parce qu’on connaît un peu mieux les modalités pour essayer de contenir les effectifs de xénopes. « Nous avons compris qu’au lieu de concentrer les actions uniquement sur l’espèce, il faut agir en faveur du milieu : le préserver quand il est de qualité, ou le restaurer s’il est dégradé.
Rappelons qu’un milieu dégradé et fragmenté est la première cause de déclin des populations d’amphibiens. » Une fois encore, l’être humain doit prendre sa part de responsabilités dans son impact sur la biodiversité. Mais le xénope n’est pas exempt de tout reproche, puisque les recherches ont montré que l’amphibien détériore les milieux dans lesquels il s’épanouit.
Le territoire devra désormais apprendre à vivre avec le xénope lisse, sans pouvoir bénéficier des moyens de ce programme Life Croaa, qui touche à sa fin et qui ne sera pas renouvelé au niveau européen. Quid de la suite ? « Rien n’a été acté par la communauté de communes », confie Axel Martin. La collectivité a notamment candidaté à l’appel à projets « Nature et transitions », proposé par la Région Nouvelle-Aquitaine. Ambition : recréer de la biodiversité sur des parcelles publiques de communes volontaires, en replantant des haies, en fauchant une fois par an, ou en faisant émerger des mares.
De manière générale, la collectivité cherche à lancer de nouvelles actions, notamment en termes de sensibilisation et de prévention, et reste en alerte sur les financements et les appels à projets.